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Éléments de dialectologie catalane

Nous présentons ici un rapide survol des principales caractéristiques du catalan. Cette page ne prétend nullement à l'exhaustivité et présente sans doute des lacunes importantes ; des compléments pourront être apportés ultérieurement. Cette page est complémentaire à l'annexe consacré à la prononciation.

Dans le dictionnaire, nous indiquons prioritairement les prononciations reprenant les grands traits caractéristiques des grands ensembles dialectaux. On pourra se référer au DCVB pour une description phonétique plus fine et exhaustive.

Division schématique du domaineModifier

Selon les propositions faites par Manuel Milà i Fontanals 1861, le domaine linguistique du catalan est traditionnellement articulé en deux grands blocs verticaux, le bloc oriental et le bloc occidental, division basée sur un traitement différencié du vocalisme atone[1][2].

On peut représenter les sous-divisions dialectales du catalan ainsi  :

  • Bloc occidental (du nord au sud)
    • catalan nord-occidental
      • pallarais
      • ribagorçain (parler de la Ribagorce)
      • parler de Lérida (lleidatà)
      • parler de Tortosa (tortosí) / valencien de transition
    • valencien
      • valencien septentrional
      • valencien central (ou apitxat)
      • valencien méridional
      • valencien méridional-alicantin
  • Bloc oriental (du nord au sud, sauf pour l'alguérois, isolé du domaine, et le baléare)
    • catalan septentrional (ou roussillonnais)
      • capcinois
      • catalan septentrional de transition
    • catalan central
      • barcelonais
      • tarragonais
    • baléare ou catalan insulaire
      • majorquin
      • ibizois (et formentérois)
      • minorquin
    • alguérois

Le parler dit xipella recouvre une zone de transition entre les deux blocs (les deux isoglosses de la réduction /a/~/e/ et /o/~/u/ ne se superposent pas exactement). Il se démarque par un trait spécifique : la réalisation [i] de -e final fermé atone du catalan primitif.

On remarque que dans certaines sources le 'catalan nord-occidental' est appelé 'catalan occidental', mais la tendance actuelle (que nous avons suivie) est de regrouper les parlers occidentaux de Catalogne, les parlers andorrans, du Pays valencien et de la Frange d'Aragon sous le terme d’'occidental', ce qui se justifie étant donné l'unité patente qu'ils présentent, tant au niveau phonologique que lexical.

Le catalan salat se caractérise par la persistance de formes archaïques des articles définis (es, so, sa, sos, ses, etc.), issues du latin ĭpse. Ce trait se rencontre aujourd'hui dans des parlers épars, notablement à Cadaquès, pour le catalan central, et dans une partie des parlers baléares, où il est volontiers mis en avant par des auteurs locaux ; au Pays valencien, le parlers salats sont aujourd'hui éteints (on les trouvait encore récemment dans La Marina), Il connaît un fort recul, sous la pression des parlers environnants et de la langue normative.

Dialectes constitutifs et dialectes consécutifsModifier

En raison de l'existence d'un continuum linguistique et de larges zones de transition, la division du catalan en dialectes clairement délimités est malaisée (hormis dans le cas des variantes insulaires). Aucun dialecte identifié n'est totalement uniforme et chacun peut être divisé en différents sous-dialectes[3].

D'un point de vue dialectologique, on peut néanmoins distinguer les zones de dialecte constitutif (c'est-à-dire celles où la langue s'est formée), situées au nord (« Vieille Catalogne »), des zones de dialecte consécutif (celles où la langue, déjà formée, a été implantée lors de l'extension des territoires de la couronne d'Aragon : « Catalogne nouvelle », îles Baléares, Pays valencien, Sardaigne, ainsi que l'actuelle région de Murcie, région où la langue est aujourd'hui éteinte mais où certains de ses traits peuvent perdurer dans le castillan local). En effet, les zones constitutives présentent (comme c'est par ailleurs habituel) un enchevêtrement complexe des isoglosses[4] (absence de faisceau et entrecroisement chaotique des traits sur des aires réduites), et il n'y a pas de frontière marquée vers les langues voisines.

Les zones de dialecte consécutif sont en revanche bien plus uniformes et présentent des zones de transition larges et plus aisément identifiable : les isoglosses sont réparties de façon plus espacée et régulière, la plupart du temps suivant un axe est-ouest approximatif, illustrant le fait que l'extension du domaine s'est majoritairement faite par vagues migratoires depuis le nord du domaine. De même la frontière avec les parlers castillano-aragonais voisins est clairement identifiable, avec des faisceaux d'isoglosses très compacts. Ces zones s'illustrent par un indéniable caractère conservateur et le maintien de formes archaïques disparues ailleurs. Ainsi, il n'est pas hasardeux d'affirmer que le valencien général est le dialecte actuel qui présente la plus grande proximité phonético-phonologique avec le catalan du Haut Moyen Âge et du Moyen Âge central, voire avec la langue d'oc médiévale. En effet, il a échappé à bon nombre des principales évolutions que l'on peut trouver dans les autres parlers catalans, par exemple : bétacisme (confusion entre /v/ et /b/), réduction du système vocalique atone, fricatisation de l'affriquée médiévale [d͡ʒ] (> [ʒ]) et chute de -r final. Hormis le dernier (caractéristique exclusive du valencien) aucun de ces traits n'est uniformément réparti dans les parlers modernes (le baléare et une part des parlers tarragonnais ignorent le bétacisme, le nord-occidental et une partie du baléare ignorent l'affrication de [d͡ʒ] dans certains cas, le nord-occidental ne connaît pas la réduction du vocalisme atone, le majorquin ignore l'évolution [o] atone > [u]...), mais ce n'est qu'au Pays valencien qu'on peut trouver des parlers actuels les ignorants tous. De même, le baléare a maintenu les paradigmes verbaux de première personne du présent de l'indicatif avec le morphème nul de l'ancienne langue d'oc (disparu de l'occitan moderne), le valencien les a perdus dans le cas des verbes du premier groupe (avec l'ajout de -e), et les autres parlers les ont perdus dans ce dernier cas et dans de nombreux autres (avec l'ajout de -o en catalan central et nord-occidental, et de -i dans le cas du roussillonnais, qui a suivi l'occitan languedocien). (?)

Division groupe oriental/groupe occidental Modifier

La division traditionnelle du domaine linguistique catalan en deux blocs dialectaux verticaux repose sur un traitement différencié des voyelles atones, le bloc oriental opérant une réduction (perte de deux phonèmes) qui est sensible dans la très grande majorité des mots. Ainsi, en position atone le catalan oriental neutralise l'opposition entre /a/ et /e/ en une moyenne centrale /ə/, tandis que l'opposition entre /o/ et /u/ est neutralisée en /u/ (à l'exception notable du majorquin, seul dialecte oriental maintenant l'opposition /o/~/u/)[5][6]. Les réalisations de la moyenne centrale /ə/ présentent une importante variabilité (l'absence de [a] et [e] atones en oriental laisse une plus grande liberté articulatoire aux locuteurs) : [a] en alguérois, souvent plus [ɐ] que [ə] en catalan central (bien que les principales sources indiquent uniformément [ə], notation que nous suivons généralement). On trouve sans doute ici un entrecroisement complexe de facteurs(?) : tendances locales, réalisations conditionnées (par le contexte phonétique, à l'intérieur du mot aussi bien que syntaxique), mais aussi influence de l'écrit (aligné sur la prononciation occidentale) et de la langue castillane (socialement dominante dans la plus grande partie du domaine) notamment chez les néo-locuteurs.

La frontière entre les deux blocs ne forme pas une ligne parfaite : les isoglosses correspondant aux deux traits caractéristiques ne se superposent pas totalement, en particulier dans leur partie septentrionale[7][6]. Au sud, zones de parler consécutif, les isoglosses convergent vers le valencien de transition.

Les deux blocs présentent en outre de significatives divergences, lexicales, phonétiques et morphologiques. L'étymologie du lexique spécifique du catalan occidental présente de nombreuses coïncidences avec celle des équivalents castillans et aragonais.

Au niveau consonantique :

  • Tendance au maintien de la prononciation de g initial comme [d͡ʒ] au lieu de [ʒ] en oriental en occidental. Ainsi, le valencien ignore généralement le phone [ʒ], tandis qu'on le trouve surtout à l'intervocalique en nord-occidental. Cette simplification entraîne une réduction du consonantisme atone (le valencien ne distingue pas g + i/e ou j de tg, qu'il réalise uniformément [d͡ʒ][8]
  • En position intervocalique, bl est prononcé [βl] en valencien, dans une partie du nord-occidental et dans le Camp de Tarragona (comme en castillan), tandis que l'articulation [bbl] domine dans les autres zones orientales[6] (comme en languedocien). La répartition de ces deux articulations suit néanmoins un schéma complexe, bien que la diffusion de la langue normative favorise la diffusion de [bbl] en Catalogne.

Origines de la partition Modifier

Les différentes explications proposées concernant l'origine et l'ancienneté de la partition du catalan en deux blocs dialectaux font appel à des facteurs divers comme l'influence du substrat pré-romain (ibère, proto-basque ou indo-européen), mozarabe, les processus de romanisation, d'arabisation ou encore celui du repeuplement suivant la reconquête des terres musulmanes, et aucune ne s'avère pleinement satisfaisante[9][10]. On a en particulier voulu voir une influence décisive de l'ibère et du basque dans la différenciation du bloc occidental primitif[11]. Sanchis Guarner a défendu l'idée que le mozarabe serait responsable en tant que substrat du traitement en [e] de ĭ et ē toniques latins dans le bloc occidental[12], mais l'état actuel des connaissances sur le sujet jette le doute sur cette hypothèse (on ne dispose d'aucun document attestant que le mozarabe était encore parlé au moment de la reconquête de Valence).

Il s'agit quoi qu'il en soit d'une partition précoce[13] : au XIIIème siècle, on observe des variations dans le traitement vocalique qui annoncent la future partition, avec la neutralisation de l'opposition entre a et e prétoniques en une moyenne centrale [ə] dans les régions orientales[14] ; à la fin du XVème siècle, a et e post-toniques sont également neutralisés, et on observe une tendance à la fermeture de [o] atone en [u] (trait qui n'a pas affecté le majorquin)[15].

Frontières externesModifier

Conséquence de ce qui vient d'être exposé, dans les zones consécutives, au sud et au sud-est du domaine, on trouve des frontières relativement bien marquée avec les dialectes castillans et castillano-aragonais contigus. Le murcien est un dialecte castillan proche de l'andalou avec certains traits empruntés au catalan valencien, remontant à la Reconquista (l'ancien royaume maure de Murcie reçut un important contingent de colons en provenance de Catalogne et du royaume de Valence). Au nord-ouest et au nord, dans les région de dialecte constitutif, on observe un entremêlement des isoglosses avec la présence de dialectes transitions marqués avec les langues environnantes (dont le rattachement est parfois malaisé) : le bénasquais fait ainsi transition vers l'aragonais, le pallarais vers l'aragonais à l'ouest et le gascon au nord, le capcinois (parler du Capcir) vers le languedocien.

CaractéristiquesModifier

Oppositions /o/~/ɔ/ et /e/~/ɛ/Modifier

Comme la plupart des autres langues romanes (le castillan constituant une exception notable), le catalan distingue /o/~/ɔ/ et /e/~/ɛ/ (o ou e fermés et ouverts) en position tonique[6]. C'est une caractéristique bien marquée dans l'ensemble du domaine, à l'exception du catalan septentrional, où [o] tonique devient normalement [u][16]. Ce trait le rapproche de l'occitan moderne. En effet, ce dernier ne connaît pas [o] en position tonique, celui-ci s'étant fermé en [u] (ou français) au cours de l'étape médiévale. Néanmoins, le u latin a normalement évolué en [y] (u français) en occitan, sauf dans la plus grande partie du languedocien méridional (biterrois, montpelliérain, narbonnais, donesanais) où il a débouché sur [œ]. u > [y] est une innovation caractéristique du gallo-roman probablement due à une influence germanique ; pour leur part, les langues ibériques (comme celles d'Italie) ont [u], son plus proche du latin originel. Le roussillonnais présente une confusion ū et ō > [u], qui semble marquer une évolution inachevée (perte d'un phonème, alors que les restructurations phonologiques qui se sont produites ailleurs ont permis de maintenir davantage de distinctions). Notons la singularité du parler capcinois, où ū > [œ], comme en languedocien méridional, son par ailleurs inconnu en catalan. Le rattachement de ce parler fait ainsi débat (sa phonologie le rapproche de l'occitan tandis que son lexique l'oriente davantage vers le catalan).

VocalismeModifier

Le résultat de ĭ et ē toniques latins est intéressant[17][18] :

  • [e] en occidental (hors zones de transition vers le central)
  • [ɛ] en central
  • [ə] (voyelle neutre) en baléare
  • [e̞] d'aperture médiane en roussillonnais.

Le catalan se caractérise également par une instabilité du vocalisme atone. Dans le bloc oriental, ce phénomène s'est manifesté de façon extrême par la réduction de /a/~/e/ et /o/~/u/ en /ə/ et /u/ respectivement (voir ci-dessous). Ailleurs, relevons :

  • [-a] (a final atone) > [ɛ] autour de Lérida et Fraga[19], ainsi qu'à Sueca (près de Valence)
  • Différents phénomènes d'harmonisation vocalique (la finale atone s’aligne sur la tonique) en valencien méridional.

notes, référencesModifier

  1. Veny 2002, p. 17-19.
  2. Sanchis Guarner 2009, p. 163
  3. ce phénomène n'a par ailleurs rien d'exceptionnel, bien que cela puisse être oblitéré, notamment dans le cas de langues ayant une longue tradition institutionnelle, par la prépondérance écrasante d'une variété normative uniforme
  4. Ce phénomène est particulièrement visible en ce qui concerne les isoglosses « fondamentales », celles concernant la morphosyntaxe et la phonétique/phonologie. Concernant le lexique, bien que les deux blocs présentent des traits caractéristiques significatifs, les isoglosses sont réparties de façon plus irrégulière. On sait que le lexique est la part la plus « mobile » d'une langue : les emprunts lexicaux sont réalisés avec une grande porosité, y compris entre des systèmes linguistiques très hétérogènes.
  5. Veny 2002, p.17-19
  6. 6,0, 6,1, 6,2 et 6,3 Entrée « català » de la Gran Enciclopèdia Catalana
  7. Veny 2002, p.18-19
  8. Certains travaux indiquent tg > [dd͡ʒ] pour le valencien, prononciation qui a l'avantage de maintenir une opposition à valeur phonologique, mais on la retrouve difficilement, du moins dans les parlers actuels
  9. Veny 2002, p. 20-22
  10. Ferrando Francés et Amorós 2011, p. 130-132
  11. Ferrando Francés et Amorós 2011, p. 74
  12. Sanchis Guarner 2009, p. 233
  13. Ferrando Francés et Amorós 2011, p. 66
  14. Ferrando Francés et Amorós 2011, p. 73
  15. Ferrando Francés et Amorós 2011, p. 173
  16. la présence de [o] tonique révèle des emprunts récents, n'ayant pas suivi l'évolution normale depuis le bas latin
  17. Sanchis Guarner, 2009, p.63
  18. Veny 2009, p. 21-22
  19. Veny 2008, p.40

BibliographieModifier

  • Montserrat Alegre, Dialectologia catalana, Barcelone, 1991 (ISBN 84-307-8408-X)
  • Jordi Colomina i Catanyer, Dialectologia catalana: Introducció i guia bibliogràfica, Alicante, 1999, 351 p. (ISBN 84-7908-455-3)
  • Antoni Ferrando Francés et Miquel Nicolàs Amorós, Història de la llengua catalana, Barcelone, Editorial UOC,‎ 2011, 2e éd., 552 p. (ISBN 978-84-9788-380-1)
  • Manuel Sanchis Guarner (préf. Antoni Ferrando), La llengua dels valencians, Valence, Tres i Quatre,‎ novembre 2009, 24e éd. (1re éd. 1933), 394 p. (ISBN 978-84-7502-082-2)
  • Joan Veny, Els parlars catalans : Síntesi de dialectologia, Palma de Majorque, editorial Moll,‎ 2002, 13e éd. (1re éd. 1982), 173 p. (ISBN 84-273-1038-2)
  • Joan Veny, Introducció a la dialectologia catalana,‎ 1986, 230 p.
  • Joan Veny, Petit atles lingüístic del domini català, vol. 1, Barcelone, Institut d'Estudis Catalans,‎ novembre 2008, 2e éd. (1re éd. 2007) (ISBN 978-84-92583-61-4)
  • Joan Veny, Petit atles lingüístic del domini català, vol. 2, Barcelone, Institut d'Estudis Catalans,‎ octobre 2009, 1e éd. (ISBN 978-84-7283-943-4)

Liens externes Modifier

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